REGARD: ELLE AUSSI? (Par Almamy Abdoul Demba TALL)

Ce fut alors une année d’enfer pour le Sénégal.
Ce fut aussi une année-charnière; un bénéfique intellectuel tournant.

L’année 1885-1886 reste mémorable, après 133 ans; surtout; pour la catastrophique crise économique qui frappa le Sénégal d’alors.

Une subite et ravageuse dépréciation des cours de l’Arachide sur les marchés métropolitains, et une brutale concurrence des producteurs indiens, provoquèrent un tarissement de revenus, dans toutes les couches sociales sénégalaises.
Le découragement fut général.

Pour épicer encore un peu plus un tel séisme social; la note se corsa aussi, au plan politique; par une sanglante agitation dans le Cayor et le Fouta.

Les indomptables guerriers d’Amadou Tall multipliaient leurs attaques contre la France; les dernières d’ailleurs, puisque l’Empire-Toucouleur allait s’écrouler, définitivement, juste 4 ans plus tard.
Le résistant Mamadou Lamine Dramé, lui aussi, s’attaquait aux infrastructures coloniales à Bakel, toujours en 1886, alors que les Français assassinaient le 33ème et dernier Damel du Cayor Samba Laobé Fall, lors d’un guet-apens à Tivaouane, le 6 octobre 1886.
Le 27 octobre, 1886 toujours; Lat-Dior Diop, cette embléme du courage, entrait lui aussi dans la légende à Dékheulé.
Enfin; le Cayor tombait sous domination coloniale.

1885-1886 fut donc une année de pur cauchemar économique et politique.
Pourtant, c’est dans ce chaotique et sanglant contexte; que virent le jour, également; les premiers …journaux du Sénégal.

« L’Afrique-Occidentale », « Réveil-du-Sénégal », « Le-Petit-Sénégalais », « L’Union-Africaine », et « L’Indépendant »…Tous, comme dans une explosion de rosée matinale, se répandirent sur l’intelligentsia sénégalais.

Tous; pour compléter le paysage médiatique, puisque le Gouverneur Faidherbe, lui même, avait déjà son propre « Le Moniteur du Sénégal », en 1856 déjà, 30 ans plus tôt.
Journal, qui deviendra « Le Journal Officiel » en 1888, et survit aujourd’hui encore.

Par leurs seuls titres d’appel donc; toutes ces pionnières publications ne cachaient nullement; ni leur vocation d’indépendance, ni leur combativité politique; par des sénégalais de souche, des mulâtres ou des colons eux même.

Une diversité, que reflétaient aussi leurs routiniers articles et « papiers-maronniers »; sur la nécessité de créer des écoles dans certaines zones, à des sujets plus casse-cou également; comme les difficultés de pacification de certaines zones encore rebelles, mais aussi le sensible sujet du service militaire des noirs, ou leur droit de vote.

Même des « papiers » contre le Clergé, mais aussi de sévères critiques des Tribunaux-Musulmans (Cadis), ainsi que des attaques, ou juste des infos, sur les Loges Maçonniques…bref, tout sur la colonie sénégalaise: de Podor, Saint-Louis à…Ziguinchor.

Qu’est ce qui changa donc, depuis, dans cette Presse au Sénégal?

Durant toute cette profonde crise sénégalaise de 1885; toutes ces parutions, n’avaient t-elles pas; cet unique absolu dénominateur commun?
Tous ces journaux naissants avaient en effet:…un idéal.

Aucun d’eux ne publiait; pour juste vendre, ou pour de l’argent, que pouvait leur distribuer le colon.

Aujourd’hui encore, mais ailleurs; les journalistes américains eux, n’ont t-ils cette surprenante règle d’or: « Apportes toujours ton propre déjeuner au boulot » (bring your own lunch at work), ils disent.

En effet, lorsque le journaliste n’apporte pas son propre déjeuner au boulot; quelqu’un d’autre lui en payera un, ou l’invitera.

Et voilà la source de toutes les formes de corruption, d’alliances et allégeance inavouables, même des plus honnêtes plumes.

Pour les Avocats professionnels par exemple; la Loi tolére le « Mere-puffery » (la simple boufferie ou le pipeau).

Cette très légale stratégie, qui permet aux avocats-défenseurs; d’exagérer, sans conséquences, des faits et même de verser dans le subjectif, lors de leurs plaidoiries.

La rigueur par contre, que cette même Dame-Justice impose au journaliste, lui ouvrirait vite les portes d’une prison, ou d’un total discrédit; si jamais il, ou elle, osait faire usage de cette stratégie, une seule fois.

Toute une panoplie de brimades juridiques donc, et une rugueuse camisole de force professionnelle font; qu’on désigne toujours le journalisme pur; par les Sciences et Techniques de l’Information.
Ce qui n’est sûrement pas un art, qu’on manipule à sa guise, en piétinant ses règles.

Comme en font usage les « artistes » de cette actuelle Presse sénégalaise?

Cette Presse, dans sa quasi-totalité, n’affiche t-elle pas, en plus; sa profonde allergie pour la moindre investigation journalistique sur les tentaculaires scandales de cet État, surtout pour le dernier en date du Prodac?

Ainsi. Qu’un mafioso, vautré au Palais, reçoive, cette semaine; le chanteur-bandit, devenu le plus grand faussaire connu de l’Histoire du Sénégal, ne sembla t-il pas normal à cette Presse?

Cette Presse, ne se fit elle pas presque muette sur le déshonneur d’un si monstrueux coquinage; entre la première Institution et un si minable trafiquant de faux billets, par Milliards?

Enfin. Le traitement patriotique de l’Information, lors de cette capitale élection, dans 22 semaines, n’a t-il pas plus d’importance, que le résultat de 53%, que font déjà marriner les « Sall-Magistrats »?

La Presse Sénégalaise, en 1885, dans ses langes de nourrisson, tira son épingle d’un épouvantable cauchemar político-économique.

La Presse Sénégalaise de 2018, pour sa part, continuera t-elle de se faire une peureuse Caniche, ou deviendra t-elle enfin le Pitbull-protecteur des sénégalais; par un retour salutaire à l’idéal journalistique?

D’ailleurs, cette actuelle Presse, ne se gourre t-elle pas royalement; si elle s’imagine un quelconque pouvoir d’auto-amnistie?
Croit t-elle vraiment; qu’elle ne répondra pas, un jour, des trahisons du « Sall-régime », avec lequel cette Presse semble partager, si ouvertement, le même play-book?

L’heure de rendre gorge viendra pour tous, même pour « elle » aussi.

-« Où serait le mérite, si les héros n’avaient jamais peur. »: Alphonse DAUDET.1855.

-« Eternal vigilance is the price of liberty. »: T. JEFFERSON-3rd president US.

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